Désigner son conjoint, c’est le premier réflexe. C’est rarement le plus optimisé fiscalement. Et non, ce n’est pas un manque d’amour : c’est de la stratégie patrimoniale.
Accueil › Assurance vie : faut-il désigner son conjoint ou ses enfants ?
La clause bénéficiaire d’une assurance vie tient en quelques lignes, mais elle peut peser lourd au moment de la transmission. Désigner son conjoint paraît évident. Pourtant, dans bien des cas, ce choix « gaspille » l’un des avantages fiscaux les plus précieux du contrat. Voici pourquoi, et comment raisonner autrement.
Depuis la loi TEPA de 2007, le conjoint survivant est totalement exonéré de droits de succession, qu’il s’agisse de la succession classique ou des capitaux d’assurance vie. C’est une excellente nouvelle pour sa protection. Mais c’est aussi ce qui rend sa désignation comme bénéficiaire souvent contre-productive sur le plan fiscal.
La logique est simple : puisque le conjoint ne paie de toute façon aucun droit, l’abattement spécifique de l’assurance vie ne lui apporte rien de plus. Il est, en quelque sorte, perdu. Cet abattement aurait pu profiter à quelqu’un qui, lui, est imposable : les enfants.
Pour les primes versées avant les 70 ans du souscripteur, le régime de l’article 990 I du Code général des impôts est particulièrement favorable. Chaque bénéficiaire dispose d’un abattement de 152 500 €. Au-delà, les capitaux sont taxés à 20 % jusqu’à 700 000 €, puis à 31,25 % au-delà. Surtout, ce régime se cumule avec les abattements de droit commun applicables aux successions et aux donations.
C’est là que le raisonnement prend tout son sens. En articulant les dispositifs, un même enfant peut recevoir, sans aucun droit à payer :
| Assurance vie, primes avant 70 ans (art. 990 I CGI) | 152 500 € |
| Abattement en ligne directe sur la succession (art. 779 I CGI) | 100 000 € |
| Don familial de sommes d’argent (art. 790 G CGI) | 31 865 € |
| Total transmis sans aucun droit, par enfant | 284 365 € |
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Le don familial de sommes d’argent suppose un donateur de moins de 80 ans et un donataire majeur. Pendant ce temps, le conjoint reste, lui, totalement exonéré, avec ou sans assurance vie.
Le calendrier des versements compte autant que le choix du bénéficiaire. Pour les primes versées après 70 ans, c’est l’article 757 B du Code général des impôts qui s’applique, et il est nettement moins généreux. L’abattement n’est plus que de 30 500 €, et il devient global : il est partagé entre l’ensemble des bénéficiaires, et non accordé à chacun. Le surplus des primes est alors soumis aux droits de succession classiques. Bonne nouvelle toutefois : les produits du contrat, intérêts et plus-values, restent intégralement exonérés.
Un dernier point de vigilance, souvent ignoré. L’assurance vie échappe en principe à la succession. Mais cet avantage tombe lorsque les primes versées sont jugées « manifestement exagérées » au regard du patrimoine et des revenus du souscripteur. Dans ce cas, les capitaux sont réintégrés à l’actif successoral, et tous les avantages fiscaux disparaissent.
UNE SURPRISE QUI ARRIVE AU PIRE MOMENT
Le caractère exagéré des primes s’apprécie au décès, c’est-à-dire lorsqu’il est trop tard pour corriger. Mieux vaut s’assurer en amont que l’effort d’épargne reste cohérent avec sa situation patrimoniale.
La conclusion n’est pas d’écarter le conjoint, mais de protéger chacun avec le bon outil. Le conjoint se protège efficacement par d’autres voies : le testament, la donation entre époux ou le régime matrimonial. L’assurance vie et les dons, eux, donnent leur plein effet lorsqu’ils profitent aux enfants, en cumulant les abattements. Et tant que c’est possible, privilégier les versements avant 70 ans permet de bénéficier du régime le plus avantageux.
L’assurance vie est un outil puissant. Mais son efficacité dépend entièrement de deux décisions : qui vous désignez, et quand vous versez. La clause bénéficiaire ne se rédige donc pas à la légère. Elle est souvent le point de départ d’une réflexion patrimoniale plus large, que votre notaire peut conduire à travers un audit complet : succession, donations, régime matrimonial, assurance vie. Une vision d’ensemble aujourd’hui, pour une transmission sereine demain.
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